Blog 'N' Roll
Alors que la France entière retrouve les joies pluvieuses de la rentrée dans le froid, une petite zone d'irreductibles est encore en vacances pour une petite
semaine de joie, de grasses matinées et de neige.
Car la neige en février, c'est comme le sable en août, c'est passage obligé. Comme en août, le bronzage de février se doit d'être remarquable et remarqué. Ainsi, les
marques de raton-laveur laissées par les lunettes en haut des pistes sont aussi précieuses que les marques du short juste au-dessus des hanches. Du coup, le bronzage de février n'obtient qu'un
faible 3 sur l'échelle de Paris Hilton, ce qui n'est rien comparé au score du bronzage d'été qui atteint facilement 8, pour une peau dorée et travaillée par le soleil comme celle d'un beau poulet
fermier.
Difficile de rivaliser avec la sexy touch aoutienne quand on se trouve dehor par - 15°, c'est un fait, mais pas une fatalité pour autant. Exemple.
Tout démarre dans la queue du télésiège,
toujours bondé en bas des pistes. Alors qu'une serviette posée sur la plage devient vite un îlot d'isolement, la queue du télésiège est un endroit de socialisation où, tous serrés les uns contre
les autres, il devient aisé et évident d'échanger de grandes barbouillées de Labello.
Dans la queue du télésiège, on fait des blagues en parlant très fort, pour en faire profiter toute l'assistance. On ne sait jamais, Scarlett Johansson est peut-être
juste devant, cachée sous un bonnet immonde avec des clochettes. On blague, on rit fort, on montre qu'on est content d'être là et que faire la queue pendant des heures ne nous dérange pas du
tout. On se persuade rapidement d'être le roi de la queue, avant que la nana de devant ne se retourne pour vous fusiller du regard. De toutes façons, elle n'est pas aussi jolie qu'elle ne le
laissait paraître de dos.
Leçon n°1: toujours se méfier de l'effet trompeur du triptique combinaison intégrale/bonnet/masque.
C'est en haut des
pistes que les choses sérieuses commencent. Comme en montagne il n'y a pas d'horizon, ce n'est pas la peine de chercher à prendre des poses philosophiques à la Chateaubriand. Non, non. Mieux vaut
se concentrer sur la bande de skieuses suédoises débutantes qui semblent prendre la même piste que vous. Comme c'est une bleue, il y a fort à parier que vous impressionerez.
Tel James Bond dans L'espion qui m'aimait, vous vous élancez, en faisant bien attention de vous faire remarquer par de grands virages qui éclaboussent la
bande de skieuses de tout votre génie. En bas de la piste, vous ôtez votre masque pour détendre votre visage tendu et verglacé par le vent de face que vous avez pris pendant la descente. Vous
rejoignez donc la bande de skieuses suédoises dans la file du tire-fesse, avant de vous apercevoir que de près sans le masque sur le nez, elles ressemblent plus aux boulettes qu'on nous sert chez
Ikéa qu'à Victoria Silvstetd.
Leçon n°2: toujours se méfier de l'effet trompeur du triptique combinaison
intégrale/bonnet/masque.
Ne nous voilons pas la face, au-delà de l'aspect faussement sportif de
quelques descentes à chasser la suédoise-goût-Labello, l'intérêt principal du sport d'hiver réside justement dans l'after sport d'hiver. Quand vous êtes fourbu et courbaturé, vous finissez
la journée d'autant plus comblé qu'il n'est que 17h.
En montagne, le temps prend une autre dimension, puisque, la journée finissant à 17h, l'apéro n'en dure que plus longtemps. Armés d'envie et de Moon-Boots, les skis sur
les épaules, vous allez d'une démarche assurée vous ravitailler dans le premier Shopi que vous croisez.
Le Shopi, c'est le passage obligé de tous les bons sportifs qui se respectent, qui se retrouvent religieusement au rayon génépi. Là, entre les boîtes de Pringles et les
assortiments de tomme de Savoie-reblochon, vous tombez sur un petit groupe de skieuses qui avait échappé à votre regard de chasseur. Rapidement et élégamment, vous engagez la conversation, et
proposez un after-apéro dans un petit bar, Au Dahu Bondissant, le seul dont dispose la station. Bien décidé à faire mentir les règles 1 et 2, vous les fixez dans les yeux
pour ne pas prêter pas attention à leurs chaussures de ski.
Mine de rien, après une
journée intensive passée au service de l'élégance faite neige, l'apéro se fait long et prononcé. Sûrement l'altitude qui fait qu'après une bonne bouteille de génépi, vous êtes pris de petites
bouffées de chaleur. Alors, il faut rester focus et penser à James Bond dans L'espion qui m'aimait, qu'aurait-il fait?
Il aurait certainement rejoint la bande du Shopi au Dahu Bondissant. Vous enfilez donc vos après-skis, aussi moches que confortables, et vous rendez en luge au lieu
dit. Là, vous retrouvez bien la bande de skieuses branchées au Shopi, et tentez d'achever le travail malgré les effluves de génépi qui remontent.
Leçon 3: se méfier du génépi de
17h30.
Tout se passe comme prévu au Dahu
Bondissant. Quand on est à la montagne, on a toujours un tas de trucs à raconter sur notre journée passée à braver le froid, la neige et les paninis à la tartiflette. Ca rigole, ça échange
des expériences, ca se rapproche sous l'effet de l'apéro et du froid qui commence à se faire de plus en plus intense.
Les lèvres gercées, vous recommandez donc une bouteilles de génépi, pour faire goûter à vos hôtes de la soirée qui ont bien l'air décidées à ne pas rentrer seules ce
soir. La conversation se fait alors plus bruyante et enlevée, une osmose totale et un parfum d'humanité emplit soudainement le Dahu Bondissant. Le génépi a le pouvoir de délier les
langues et les fermetures éclair, c'est bien connu du montagnard d'après 17h.
Pensant faire preuve d'humour et de dérision, vous lâchez donc à votre voisine de gauche qu'elle aurait quand même pu se changer et enlever sa combinaison rose bonbon, qui, soit dit en passant,
vous trouvez immonde (ce que vous faîtes aussi remarquer). Quelques brimades et regards assassins plus tard, car ce n'est pas sa combinaison mais son tout dernier ensemble qu'elle avait mis pour
l'occasion, vous vous retrouvez seul avec la moitié de la bouteille de génépi à torcher.
Leçon 4: ne jamais oublier les leçons 1, 2 et 3.
La montagne est aussi impitoyable que la plage. Finalement.