Blog 'N' Roll
En déménageant à Paris, j'ai laissé derrière moi pas mal de choses: les amis bien entendu, mais aussi le soleil et l'accent. Pierre Bourdieu, le
sociologue décédé il y a quelques années, l'avait déjà dit et en avait même fait l'expérience.Bon, je n'avais pas un accent à couper au couteau, de ceux qui méritent d'être sous-titrés lors des reportages "sur le terrain" du 13h. D'ailleurs, quand j'étais dans le Sud, j'étais plutôt fier de ne pas avoir un accent sudiste aussi prononcé que les autres, et je bombais le torse en prononçant "rose" plutôt que "rôôôse". Parfois, j'allais même jusqu'à exagérer le tout. Quelque part, c'est parce que je marquais ainsi ma différence, on fait avec ce qu'on a me direz-vous.
En France, il y a autant
d'accent que de régions, c'est ce qui fait le charme de notre belle langue. C'est pratiquement tout ce qu'il nous reste, avant que tout soit uniformisé. Et ça ne date pas d'hier, mais de la fin
du XVIIIe, quand le gouvernement français a décidé que tous les français parleraient la même langue: y'en a marre des patois, on veut que tous les français du nord au sud de l'est à l'ouest
arrivent à se comprendre. Du coup, on a fait l'école gratuite pour tous (aussi) dans ce but.
Cela dit, sans rentrer
forcément dans le cliché de l'accent qui chante comme les cigales, il faut bien dire que l'accent toulousain, a sa particulité. Il consiste à tout contenir entre la gorge et le nez, sans toujours
respirer normalement, ce qui donne un débit de parole plus important, idéal dans les soirs de biture où on débite des conneries à la chaîne. A peine a-t-on le temps de comprendre une connerie,
que dix sont déjà sorties derrière, c'est ça la magie de l'accent du sud. Ajoutez-y quelques vestiges occitans, et le compte est bon.
En arrivant à Paris donc, je me suis retrouvé avec mon faible accent du sud mis à mal. Ce n'est un secret pour personne,
le parisien parle avec un accent plat, et la parisienne je ne vous en parle même pas, c'est pire de pire. Si le parisien a un accent plutôt neutre, finalement (du moins quand on a l'habitude de
celui du sud), la parisienne (pas toutes, mais quand même) a un accent plus particulier. Difficile d'en rendre compte par écrit, c'est un accent qui propulse la bouche en avant et fait tomber la
mâchoire du bas en fin de mot, ce qui ponctue les phrases de "haaan" qui rendent épileptique.
Le problème, c'est que même en
résistant très fort très fort, on finit toujours par céder un peu aux clichés. Avec mon petit accent du sud, découvrant Paris avec mes yeux émerveillés, j'avais l'impression de monter à la
capitale avec ma calèche et mes sabots. Trop pour moi, il était temps d'y remédier, alors hop, fini l'accent, surtout que dans mon boulot, on est facilement moqué (wah, le prof il vient du
suuuudd) alors pas la peine d'en rajouter.
C'est peut-être dû
au fait que Paris, par rapport aux villes du sud aérées et ensoleillées que je connaissais, me parut trop grande. C'est un peu comme un grand fleuve, si on veut survivre, il faut se laisser
porter par le courant, et ne pas essayer de crawler à contre-sens. Impressionné, exit donc l'accent du sud, bienvenue dans la grisaille monotone, le RER en grève, etc.Heureusement, quelques jours de vacances passés aux sources, dans des baignades intensives dans l'accent qui va bien et qui fait dire des conneries ont suffit à remédier à mon gros problème d'identité. Parfois les clichés disent vrais, et c'est ici le cas. Le sud, au-delà du temps plus clément que dans le nord, c'est aussi un accent qui fait qu'on s'y sent bien. Maintenant j'en ai donc fini avec ça. Enfin j'ai fait mon coming out linguistique et phonétique, et n'hésite plus à faire vriller les mots comme on le fait après huit demis place Saint-Pierre sur les bords de la Garonne, parfois même en exagérant, pour mieux me rappeler Toulouse qui me manque tant. Ca fait du bién.
Ven 12 mar 2010
1 commentaire
Et quel plaisir de rentrer dans une boulangerie parisienne juste pour demander une "chocolatine" !
Elise - le 12/03/2010 à 17h16
... ou des pochons chez Franprix :)
Nico